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Bamako, coincés pour aujourd'hui: Hier fête nationale du Burkina, donc ni ambassade ni visas aujourd'hui. Une bonne occasion d'envoyer des nouvelles et d'essayer de traduire nos impressions à chaud. Ah oui, il fait vraiment chaud la journée et un peu frais la nuit ("très froid" disent les africains, mais en fait on ne supporte le duvet qu'à partir de 2h du matin, et encore). En tout cas, nous sommes très loin de l'ambiance de Noël que nous connassons. Mais les africains sont plus rigolos que le père noël.
Au Sénégal, dans les petits villages que nous avons traversé, il est amusant d'observer la réaction des gens, enfants, femmes, jeunes, vieux : deux toubabs, là, sur un engin aussi bizarre; ils n'ont jamais vu ça. Incrédulité ou plus souvent éclats de rires –communicatifs- nous accueillent le long de la route. En tout cas, une grande joie de vivre ici, ça saute aux yeux. Les remarques sont souvent les mêmes
:"ça c'est bon, hein ?"
"ah ça oui, vous êtes des braves"
"jusqu'à Bamako, avec cette bicyclette???"
Quelque soit la destination annoncée, ils trouvent ça très loin. Et toujours des rires, des cris d'étonnement, des longs gémissements de surprise. Sortis des villages, la brousse est relativement calme, nous avons seulement pu voir quelques singes traverser la route au loin. Pas de serpents (des hautes herbes pourtant), quasiment aucun moustique.
Au Mali, on choisit l'option du bus pour faire Kayes-Bamako, car nous ne sommes pas spécialement en avance. Aucun problème pour monter le vélo sur le toit, au dessus de tous les bagages. En quelques minutes, nous partons, une cinquantaine de personnes entassées sur des sièges de 30cm de large. Un homme est malade. Il semble y avoir un vague débat autour de son cas, mais on ne saisit pas tout (en Bambara). On arrive sur la portion de 180km de piste. Le bus fonce sur la tôle ondulée. Vibrations, les tôles soudées du bus (un camion 10 tonnes bricolé) font grand bruit. Tout le monde est malmené, et les tôles du toit se déforment lors des chocs les plus violents. Pendant qu'on s'inquiète du sort de notre vélo, l'homme qui semblait mal en point meurt. On ne s'en rend pas compte, alors qu'il est à 3 metres de nous. Pourtant, nous avons bien vu son voisin de derrière venir dire un mot à l'oreille de "l'apprenti" chargé d'ouvrir la porte et de descendre les bagages. Nous avons vu ce dernier passer sur le toit du camion pour rejoindre la cabine du chauffeur et lui transmettre le message. Mais comme le camion a continué sa route, nous n’avons pas osé y croire. Ambiance très pudique. Nous continuons à être secoués. Un peu avant Bamako, il est transféré dans une ambulance. "Il était très malade", c'est tout ce qu'on saura.
On apprendra plus tard qu'il y a une épidémie de fièvre jaune du côté de Kayes, ce qui expliquerait assez bien le nombre important de gens se baladant avec des masques. Pour terminer ce voyage pas comme les autres, le vélo arrache des fils téléphoniques, ce qui n'est vraiment pas étonnant vu à la hauteur à laquelle il est perché. Etincelles, coup de jus pour l'apprenti qui veut tout de suite ouvrir la porte-marche-pied. Ce genre d'incident doit arriver souvent car déjà quelqu'un enroule le câble à terre. Le vélo est descendu, les dégâts sont limités (phare avant et porte bagage arrachés, siège tordu). Il est 22h. Il faut maintenant trouver un endroit pour la nuit.
Nous voyant un peu perdus, des gens nous conduisent chez "les blancs" du coin, en fait la mission catholique, ou nous retrouvons des toubabs de tous genres, tous ages, et c'est sympa d'échanger des impressions sur cette Afrique haute en couleurs et en contrastes.
PS: j'ai rasé mes cheveux et ma barbe de Forest Gump. Ça va mieux. De plus, il parait que "ça pompe le sang, c'est pas bon, ça" (le gars qui m'a dit ça n'en était pas vraiment sûr lui-même…)
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