Le désir de voyage est incontestablement l’héritage de toute une tradition littéraire. Le voyage se situe à la frontière entre une curiosité pour le monde et l'appel du rêve, qu’on n’arrive pas à s’expliquer. Il se situe sur la ligne imaginaire qui « unit ces deux réalités. [Mais] au niveau atomique, il n'y a pas de frontières. La physique nous démontre que les frontières n'étaient que croyances. » (Ken Wilber, No Boundary). Traverser les frontières entre les pays pour traverser la fausse frontière entre le monde réel et l'imaginaire poétique.

Mais si l’univers romantique de la littérature de voyage est un appel, il y a un moment où lire l’expérience des autres ne suffit plus : « Il ne suffit pas de lire que les sables des plages sont doux; je veux que mes pieds nus le sentent... Toute connaissance que n'a pas précédée une sensation est inutile. » (Gide, Les nourritures terrestres)
Puisque « [notre] devoir réel est de réaliser [nos] rêve » (Modigliani), il faut partir. Eneffet, « la seule chose qui puisse empêcher un rêve de se réaliser, c’est la peur d’échouer » (Paulo Coelho). Mais partir où ? « Partout où des hommes vivent, un voyageur peut vivre aussi. » (Ella Maillart) Et partir comment ? Par les moyens de transports les plus performants, les plus rapides, les plus rationnels ou au contraire en prenant le temps d'une année, à vélo? « Je ne demande pas à voir déjà ce qu’on doit voir là-bas ! Un seul pas à la fois, c’est bien assez pour moi. » (Cardinal John Henry Newman). Et partir quand ? Maintenant, avant l’heure des regrets car « un homme devient vieux quand ses regrets prennent la place de ses rêves. » (John Barrymore)
Pour partir, il faut évidemment préparer un voyage, l'organiser, le planifier, trouver des fonds, régler des formalités administratives, le rendre le plus certain et sûr. Mais il faut surtout accepter de renoncer à un certain confort. « La sécurité n’est essentiellement que superstition. Elle n’existe pas dans la nature. La vie n’est qu’aventure ou elle n’est rien. » (Helen Keller)
Mais même sans chercher à prédire ce qu’il y à vivre sur la route, on sait déjà qu’il y aura de grands moments de communion avec la nature. Des témoins racontent: « Je fixais avec fierté les étoiles qui fixaient sur moi leurs yeux d’or, car elles ne voyaient dans le désert que moi seul. » (Mickiewicz, Orientales) Ce type d'expérience nécessite un état d’ouverture car « l’air qu’on prend sans y faire attention et en pensant à autre chose ne vivifie pas comme celui qu’on prend pour le prendre. » (Georges Sand, Une nuit d’hiver)
N'y aurait-il pas à la clé un rendez-vous avec soi-même ? « L’immersion dans le désert approfondie l’être, le délie de toute responsabilité, l’affranchit des choses accessoires. » (Théodore Monod) Ou avec quelque chose d'autre puisque « l’essentiel est invisible pour les yeux. » (Saint-Exupéry)
« Je marcherai sous le soleil trop lourd sous la pluie à verse ou dans la tornade. En marchant, le soleil réchauffera mon cœur de pierre ; la pluie fera de mes déserts un jardin. A force d’user mes chaussures, j’userai mes habitudes. Je marcherai et ma marche sera démarche. J’irais moins au bout de la route qu’au bout de moi même. Je serai pèlerin. Je ne partirai pas seulement en voyage. Je deviendrai moi-même un voyage, un pèlerinage. » (Jean Debruyne.)